Focus sur : Les Psychothérapies à orientation expérientielle et centrées sur la personne.(ACP)

   Définition

L’appellation "psychothérapie à orientation expérientielle et centrée sur la personne" désigne l’ensemble des approches qui ont vu le jour dans le cadre de la psychologie humaniste (appelée ‘third force’ dans la psychologie).

Il s’agit essentiellement de: la psychothérapie centrée sur la personne (ACP), la gesalt-thérapie, la psychothérapie existentielle, différentes formes de psychothérapie expérientielle, la psychothérapie interpersonnelle et les méthodes d’action centrées sur l’expérience (essentiellement le psychodrame).

 Malgré l’existence de certaines différences, ces sous-approches présentent plusieurs caractéristiques communes qui sont propres à la ‘famille expérientielle-humaniste’: elles sont axées sur le fonctionnement plus général de la personne (par opposition aux approches axées sur les symptômes) ainsi que sur ses possibilités de croissance positive; elles sont également axées sur le monde expérientiel subjectif du client comme point de vue central; elles mettent l’accent sur le rôle crucial de la qualité de la relation thérapeutique dans le processus de changement thérapeutique; elles se caractérisent par une empathie continue comme méthode phénoménologique constamment en avant-plan, une forte présence personnelle dans la rencontre thérapeutique, une alliance thérapeutique à forte connotation égalitaire et une image de l’homme dans laquelle il y a place pour ‘une marge de liberté’, pour la réalisation personnelle et dans laquelle le désir de contact et de solidarité est considéré comme un besoin essentiel.

   Evolution

Carl Rogers peut être considéré comme étant le représentant le plus important de ce paradigme. Ce dernier a élaboré une méthode thérapeutique selon laquelle le thérapeute entre empathiquement et continuellement dans le monde expérientiel du client et aide celui-ci à approfondir son processus d’auto-exploration, principalement au moyen de réflexions de sentiments. Dans ce contexte, les positions relationnelles de base que constituent l’empathie, l’acceptation et l’authenticité du thérapeute jouent un rôle capital. Dans un tel climat interpersonnel de sécurité, le client ose s’aventurer dans un processus d’auto-confrontation et de restructuration de son image de soi. Les deux oeuvres les plus importantes dans lesquelles Rogers a exposé sa vision de la psychothérapie sont Client-centered therapy (1951) et On becoming a person (1961).

Comment cette orientation thérapeutique s’est-elle développée au fil des années ? Dans ce qui suit, une série de points seront évoqués dans les grandes lignes. Sous l’influence d’Eugene Gendlin – et en partie suite au travail effectué par Rogers et ses collaborateurs avec des clients psychotiques – la thérapie centrée sur le client a évolué d’une thérapie ‘non-directive’ vers une thérapie ‘expérientielle’. ‘Ce qui n’était pas permis’ fut relégué au second plan et le but de la thérapie fut formulé en termes positifs. Ainsi, le thérapeute cherche à optimaliser la façon dont le client affronte son expérience et pour ce faire, il fait usage d’un large éventail d’interventions. Parmi celles-ci figurent également des interventions appartenant au propre cadre de référence, comme donner des directives de processus, ou proposer une procédure particulière, poser des questions exploratoires, donner des feed-back, communiquer ses propres sentiments au cours du présent contact et donner des informations psycho-éducatives.

En outre, Rogers a essentiellement décrit la relation thérapeutique comme constituant un contexte de sécurité dans lequel peut alors avoir lieu un processus d’exploration axé sur l’expérience. L’accent mis sur l’authenticité et sur la transparence accrue du thérapeute ainsi que l’influence de la vision interpersonnelle de la psychothérapie de Irvin Yalom firent en sorte que la relation thérapeutique fut placée de façon plus explicite à l’avant plan comme moyen de changement. Ceci signifie que la relation thérapeutique est perçue comme une arène ouverte dans laquelle le style interactionnel du client est explicitement exploré et étudié en profondeur.

L’évolution la plus significative est probablement celle qui va dans le sens d’une plus grande différentiation des problèmes et des processus. Généraliste et de tendance anti-diagnostique, Rogers considérait le diagnostic (de son temps) trop catégorisant et trop peu axé sur la thérapie. Sur ce point la nouvelle génération de thérapeutes centrés sur le client a choisi un autre chemin, faisant preuve d’une plus grande ouverture envers le diagnostic préliminaire et mettant davantage l’accent sur un diagnostic des processus différencié et les modèles de traitement centrés sur les problèmes. C’est surtout cette évolution qui, ces vingt dernières années, a profondément modifié l’image de la psychothérapie expérientielle et centrée sur le client (comme est actuellement appelé le paradigme élargi), celle-ci ayant évolué d’une vision généraliste vers une vision différentielle du processus psychothérapeutique.

Les évolutions décrites ci-dessus se sont également accomplies dans le contexte d’un échange constructif entre une série d’approches analogues dans le domaine humaniste. Deux d’entre elles peuvent être considérées comme «issues de la même souche », ayant été élaborées par des disciples de Rogers: la focusing-oriented therapy de Eugene Gendlin dans laquelle est mise au point une procédure permettant au déroulement du processus d’auto-exploration du client d’être davantage centré sur l’expérience, et la emotion-focused therapy de Leslie Greenberg (avec une influence importante de la gesalt-thérapie), qui redéfinit le processus thérapeutique en termes de restructuration des schémas émotionnels et qui, dans cette perspective, a élaboré un diagnostic de processus et une méthode de traitement différentielle. En outre, il y a la psychothérapie interpersonnelle et existentielle, dont le représentant principal est Irvin Yalom. Dans l’approche interpersonnelle, l’accent est mis sur la relation « ici et maintenant » où le thérapeute figure comme instrument à l’origine d’expériences interpersonnelles correctrices. Dans la thérapie existentielle, l’attention est surtout portée sur les sources d’anxiété qui sont à l’origine des réactions défensives et de la symptomatologie psychopathologique qui en découle. Les thérapeutes existentiels estiment que, contrairement à ce qu’a déclaré Freud, beaucoup d’anxiété et de processus d’évitement ne résultent pas d’un conflit entre le Ça et le Surmoi, mais bien de la confrontation avec un certain nombre d’aspects de la condition humaine: la mort et le dépérissement, la liberté et la responsabilité, l’isolement intrinsèque de l’homme et sa mission de donner un sens à sa vie. 

 Evaluation

Que nous apprend la recherche empirique sur la psychothérapie expérientielle et centrée sur le client? Les deux aperçus (voir 3.5.4.) nous offrent des informations en abondance à ce sujet. En ce qui concerne les recherches sur les effets, des méta-analyses effectuées sur une centaine d’études montrent que la taille d’effet moyenne se situe au même niveau que dans d’autres orientations. Cependant, une part importante de ces recherches a été effectuée sur un mélange de problématiques diverses, ce qui actuellement ne répond plus à un des critères de l’essai clinique randomisé, c’est-à-dire celui qui stipule que la problématique doit être spécifiée. Toutefois, dans un nombre croissant d’études qui satisfont à ce critère – par exemple les études sur la dépression et sur le syndrome de stress post-traumatique – les résultats s’avèrent clairement positifs.

En fait, dans cette approche thérapeutique, l’intérêt a surtout été porté sur la recherche sur les processus: ce qui a suscité l’intérêt, ce n’est pas la question de l’efficacité en soi, mais bien celle de comment cette efficacité peut être obtenue. Pour cette raison, la quantité d’études sur les processus réalisée au cours des soixante dernières années est énorme. Les conclusions de ces recherches sur les processus signifient un appui empirique important pour le paradigme expérientiel et centré sur le client au même titre que les recherches sur les effets. C’est ainsi que fut démontrée l’importance capitale pour la contribution du thérapeute de l’empathie et des aspects de congruence de l’alliance de travail (dans laquelle les positions rogériennes de base occupent une position centrale). Concernant le processus du client, les recherches concernant l’auto-exploration centrée sur l’expérience (par opposition à l’exploration purement conceptuelle), le réveil émotionnel et les niveaux de traitement d’informations cognitives et émotionnelles sont particulièrement captivantes et convaincantes. En outre, on y dénombre une quantité croissante d’études de processus dans lesquelles sont étudiées en profondeur certaines tâches de processus et qui nous apprennent les signaux de processus annonciateurs d’une tâche de processus donnée, les étapes de changement concrètes que le client doit parcourir pour accomplir cette tâche avec succès, et les interventions du thérapeute susceptibles de faciliter ce processus. Quelques exemples issus des recherches récentes sont: l’allégement d’une attitude rigide et critique envers soi-même, la prise de conscience concernant une réaction initialement incompréhensible pour soi-même, le rétablissement d’une rupture dans l’alliance de travail. Dans l’ensemble, on peut donc conclure que la psychothérapie expérientielle et centrée sur le client dispose d’un ensemble de données empiriques qui soutiennent en très grande partie son efficacité et son utilité clinique, et ce, pour un large éventail de problématiques, certaines lourdement handicapantes, d’autres, plus légères.

 Références

Manuels sur la théorie et sur la pratique :

ELLIOTT, R., WATSON, J.C., GOLDMAN, R.N., & GREENBERG, L.S. (2004). Learning emotion-focused therapy. The process-experiential approach to change. Washington, DC: APA

GREENBERG, L.S., WATSON, J.C, & LIETAER, G. (Eds).(1998). Handbook of experiential psychotherapy. New York: Guilford

KEIL, W., & STUMM, G. (Eds).(2001). Die vielen Gesichter der klientenzentrierten/personenzentrierten Psychotherapie.Wien: Springer

SWILDENS, J.C.A.G., DE HAAS, O., LIETAER, G., & VAN BALEN, R. (Eds).(1991). Leerboek  gesprekstherapie. De cliëntgerichte benadering. Utrecht: de Tijdstroom.

Aperçu des recherches :

CAIN, D., & SEEMAN, J. (Eds.). (2002). Humanistic psychotherapies: Handbook of research and practice. Washington, D.C.: APA.

ELLIOTT, R, GREENBERG, L.S, & LIETAER, G. (2004). Research on experiential psychotherapies. In M.J. Lambert (Ed.), Bergin and Garfield's handbook of psychotherapy and behavior change (5th ed., pp. 493-539). New York: Wiley.

 

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